Loin du Vietnam

ThoTui, Entry 2.

Aujourd’hui, j’ai 22 ans. Pour mon anniversaire, mon amie Khiếu Anh m’a offert un beau cadeau : le roman mãn de Kim Thuý (Liana Lévi, 2014). Ce roman vient de deux mondes : d’abord, l’auteure est une Montréalaise née au Vietnam (ou bien, une Vietnamienne vivant à Montréal) ; ensuite, la vie de la protagoniste est partagée entre Saigon – son passé – et Montréal – son présent et futur ; enfin, bien que le roman soit écrit en français, les mots vietnamiens y figurent accents complets et cohabitent en harmonie avec les mots français.

Ce qui me touche en premier lieu, c’est la justesse et la sensibilité avec laquelle l’écrivaine raconte la culture vietnamienne : les rites, les coutumes, les plats, les plantes, les sens (couleurs, odeurs, goûts, textures, etc.), bref, du moindre détail de la vie quotidienne à des concepts émotionnels difficilement traduits en français. Effectivement, il n’est pas évident d’écrire d’une culture dans une langue autre que la sienne. Et pourtant, en lisant ce roman français, je ressens une âme profondément vietnamienne. Ma subjectivité vietnamienne trouve ainsi sa juste « objectivation » dans l’écriture de Kim Thuý. Je vous cite un passage :

vô hình | invisible

Maman m’avait enseigné très tôt à éviter les conflits, à respirer sans exister, à me fondre dans le décor. Son enseignement était essentiel à ma survie puisqu’elle était parfois appelée à partir en mission. Nous connaissions rarement les dates de ses départs et encore moins celles de ses retours. Pendant son absence, elle m’envoyait chez des gens qu’elle connaissait ou qui avaient reçu l’ordre de me garder. J’ai appris très vite à être à la fois invisible et utile afin d’être oubliée, afin que personne ne puisse me faire de reproches, afin que personne ne m’atteigne. Je savais à quel moment déposer une assiette à côté de la mère qui était sur le point de vider les légumes de son wok sans qu’elle voie ma main, tout comme je pouvais garder les filtres en porcelaine pleins d’eau potable sans que personne m’ait vue y vider les bouilloires refroidies pendant la nuit. (p.102)

Ce passage me marque car c’est exactement ainsi que j’ai mené ma vie en France pendant les trois dernières années. Rien de dramatique. J’ai une personnalité complaisante : peu importe où je suis, je fais toujours en sorte de ne déranger personne. Seulement, en France, j’en suis devenue plus consciente. Puisque, d’une part, je me retrouve dans un environnement où ma présence n’est pas évidente et je préfère ne pas attirer davantage attention, d’autre part, cette tendance à m’effacer a souvent donné lieu aux incompréhensions des autres, qui m’ont reproché d’être associable (famille d’accueil) ou indifférente (colocataires). Comment pouvais-je leur expliquer que je vidais la lave-vaisselle tôt au matin pour que personne ne me remarque, que je fouillais tous les magasins afin de trouver la bonne sauce de soja pour la recette de mon coloc, que chaque soir je séchais le tapis de salle de bain trempé sur le radiateur, que tout cela, c’étaient des gestes de gratitude, de soin ou d’amour que je pouvais pas verbaliser ?

*

En ce moment, je prends un cours d’anthropologie sur les rituels dans la société. Naturellement, je suis amenée à chercher des exemples de rituels dans « ma propre culture ». Je me rends compte alors que je ne la connais plus très bien. Par exemple, je ne sais plus comment accueillir des invités à la maison, ou comment préparer un repas de réveillon (cơm tất niên). Quels sont exactement les plats qui composent ce repas? Comment saluer les ancêtres? Comment se tenir, quels gestes à faire? Quoi qu’il en soit, la vie au Vietnam est ancrée dans le collectif. Impossible donc d’y vivre sans connaître les habitudes et coutumes, car l’interaction sociale la plus banale est symboliquement chargée. Et pourtant, je les perds peu à peu. Je sais ce que ma mère va en dire: ça s’apprendra à traves la pratique, une fois je reviens au Vietnam (elle a fait la même remarque lorsque je me suis souciée de ma future vie maritale et de mes devoirs d’épouse à remplir).

Quand on pense à sa culture natale, on ne s’en fait pas une représentation abstraite, mais on pense à des choses bien concrètes, presque tangibles, des personnes par exemple, qui portent la culture. D’ailleurs, comme les rituels relèvent de la tradition, je me tourne vers mes origines biologiques, ma naissance, dans l’espoir de retrouver mon identité égarée. Je pense donc à ma famille : mes parents, leurs familles, mes oncles et tantes, mon grand-père. Je suis plutôt proche de la famille de ma mère où tout le monde m’appelle con (littéralement « enfant », pronom personnel désignant la relation filiale), surtout que ma mère tient beaucoup à eux (mon père, au contraire, s’en fiche un peu de tout le monde, un caractère que j’ai bien hérité). Lorsque je pense à mon grand-père, je me sens tout d’un coup vulnérable, envahie par une vague tristesse. Il a beaucoup vécu, et pourtant je ne connais pas grande chose de sa vie. Je n’ai pas non plus pris le temps de lui poser les questions et d’apprendre ses histoires. Peut-être c’est son âge qui me rend anxieuse, l’idée qu’un jour il ne serait plus là. Malgré tout cela, je ne peux pas être près de lui, ni de mes parents, ni de mon petit-frère, maintenant que j’habite à 10000km de chez moi. Je ne leur téléphone que rarement, je ne prends pas leurs nouvelles tous les jours, et je ne leur dis pas qu’ils me manquent. Serait-il la proximité émotionnelle qui me distancie des sujets les plus chers à mon cœur ? Cela m’importe peu que j’ai perdu mes habitudes, mes manières d’être à la vietnamienne ou mon identité. Mais je regrette de « perdre » de mes êtres aimés : leur présence, le temps que j’aurais pu leur consacrer, ma présence que j’aurais pu leur apporter. Et c’est précisément à cause de cette absence que je perds moi-même. On ne se définit que par rapport aux autres, à travers les liens significatifs que l’on construit avec eux.

Il se peut également que je me détache stratégiquement de mon identité vietnamienne afin d’éviter des préjugés qui y sont associés. J’essaie donc d’être neutre, sans ethnicité, sans nationalité, au moins dans mon discours et mes comportements – les éléments dont j’ai conscience et que je peux gérer. Ainsi, les autres me perçoivent telle qu’ils veulent, mais je ne me prête pas au jeu. Je ne remplis pas le rôle ethnique/culturel/social auquel ils veulent m’attribuer ; je ne confirme donc pas l’asymétrie du pouvoir dans le rapport interculturel. Au final, l’identité renvoie à une question politique. Mais qu’est-ce que cela a à voir avec ma personne ? Ma culture, pour moi, appartient à mon intimité. Elle ne peut pas être extériorisée, matérialisée, réifiée en commodité, consommée, convertie en capital symbolique et social. C’est pourquoi je n’arrive pas à évoquer ou manifester ma culture de manière à être reconnue. Elle est ma famille, mes amies, le liseron d’eau, les onomatopées ; elle est inclut toutes les formes et en même temps n’a pas de forme concrète ; elle appartient à la fois au corps social et à l’individu.

En lisant mãn, je sens revenir en moi non seulement des souvenirs (relevant du mental, de l’intellect) mais aussi des odeurs et des goûts du Vietnam (relevant du sens). Nous sommes une culture si sensible. Surtout, je me sens Vietnamienne. Bien sûr que je le suis toujours. Mais, à défaut de pratiques, ma culture est reléguée dans l’hibernation, dans une amnésie temporelle. Elle devient latente, dormante. Mais elle est toujours là. Elle est incorporée en moi ; j’en suis constituée. Mon corps, mes membres, ma langue – tout est habité par cette culture. Je ne peux pas simplement l’oublier.

Nous vivons dans l’ère des transfrontaliers, des multiculturels, des citoyens du monde, etc., où nous célébrons la diversité, l’hybridité, la multiplicité, la mixité. Au moins c’est ce que le discours progressif veut défendre. Ces incertitudes identitaires créent des « anomalies » – des individus qui refusent de rentrer dans des catégories prédéfinies, fixes et sûres. Et cela fait peur, on l’a bien vu. Ces changements remettent en question la validité des concepts tels que l’identité nationale ou ethnique qui se révèlent obsolète. Je ne voudrais donc pas assumer mon identité « natale » ni la nier, et il m’est toujours difficile de trouver l’équilibre entre ces deux positions. Je n’ai pas choisi d’être né dans une certaine culture, mais elle ne m’est pas imposée non plus car je m’y attache par des liens affectifs forts. Ceci dit, je ne peux pas être entièrement Vietnamienne à l’étranger, simplement parce qu’il n’y a plus de société dans laquelle cette culture est vivante. Ma culture est alors réduite à la sphère privée. Dans la sphère publique, je peux être Vietnamienne, mais cela n’a guère de sens pour l’Autre car je suis avant tout l’étrangère. Je suis cette anomalie produite par la mondialisation, tantôt méfiée par les nationaux et les locaux, tantôt accueillie comme une ressource – si j’arrive à justifier mon utilité – et donc le corps est obsessionnellement régulée par toutes sortes d’institutions.

En cherchant à retrouver moi-même et à me définir, je ne souhaite pas affirmer la fierté de mes origines. Cette pensée essentialiste me semble absurde. Je ne prétends pas non plus à trouver une réponse à ce conflit identitaire. Mais Kim Thuý me rappelle que la culture vient des choses simples et intimes. Et je me reconnais dans sa voix qui émane d’un espace de transition, d’un entre-les-deux, qui est tout à fait légitime.

Enfin, je suis parfaitement consciente du fait que ce texte est écrit en français, cette langue que j’ai adoptée et qui m’a adoptée, que je résiste et qui me résiste encore. Je n’arrive pas à expliquer pourquoi j’écris en français plutôt qu’en vietnamien. Là encore, il n’y a pas de choix ; il s’agit simplement de mon intimité qui s’exprime, même si j’ai encore (et toujours) un recours excessif au dictionnaire. Dans la sphère publique, on peu me refuser l’appartenance à cette langue. Je ne pourrai jamais me passer pour une locutrice native. Mais au fond de moi, je sais que le français, tout comme le vietnamien, m’appartient. Ma langue à moi.

Finally I decided to start typing

Suong, Entry 1.

06/01/17

Can’t get use to the fact that it’s already the 6th day of a new 365 day journey. I and the TT of this blog have procrastinated quite a time since the first time our idea sparked a light. But I guess it’s some kind of way of being human. Procrastination. Hmmmm.

Today also happens to be my celebrity crush’s birthday. WOW. Can’t believe I actually have a celebrity crush. Another way of being a mediocre 20 something filling her life with illusions of an impossible and unrealistic romance. Lol. But why do I at the same time believe in the possibility of the impossible.

It hasn’t been such a bad start for this new year. I completed 2 of my lifetimewishes-thingsI’dliketodointhisfinitecyclecalledlife.

The first one was a very small accomplishment but nonetheless very fulfilling: I succeeded to solve a rubik cube bahahaha. So childish but it has always been something I wanted to complete but the time never came. I knew how to do the first and second level but gave up when it came to the third one.

Until this line I just realised that I use so many BUTS. That’s something I’d like to get rid of. Less BUTS for this year and the next to come!

So, how I came about to solving an entire Rubik’s cube?

It was the January 1st, I was going to my tutor job and my students weren’t home. They went out celebrating and seemed to forget me. Lucky me yay. I had plans going to a boardgame cafe with friends but only at 6pm and it was like 4:30pm so I intended to go home where suddenly it rained. Haha just my luck. So I found refuge at HUB’s (art community where I hang out often) and … THERE WAS A CUBE IN FRONT OF ME. I had nothing better to do so I asked a friend there to teach me. And there you have it. In the midst of a rainy day and 1 hour to waste I finally got the hang of it. That feeling when all the colorful pieces were at the right places just felt so magical, like in a minute my life made sense and everything was right.

Here’s a picture of my teacher and the cube (insert emotional emoji):

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YAY ME

 

Second thing I got to do is baking. I have an intense passion for food and especially for cakes. I was really into it during my middle school years but the results were not as glamourous.

Now I happen to work with my 10 years friend at a bakery of one of my middle class mates (yeah kinda complicated lol) with real equipments and ingredients and all. The smell of fresh cakes and the feeling of contributing to the process just makes me happy in many ways. It’s all about the little things people. So philosophical.

While my life has been outta track  in various aspects compared to my friends and peers for the last 3 years, I am full of hope that it will all turn out well naturally.

That is one of the reasons why this blog was born. Because there’s no right or wrong direction or choices and every being has its own path to follow.

So I wish you who happened to stumble upon this post the best of luck and courage.

(So cliché I know I know but still)

Until next time.

 

 

the path to finding oneself

Thotui, Entry 1.

If someone asks what I’ve been doing with my life in the last few years, an honest answer would be: I’ve been learning to cultivate myself so that I could be a decent person regardless of the society I live, or will live in. I don’t care if I’m too conscious, too ethical, or sound like a liberal-wannabe, I’m only afraid that I’m not all of these things enough. Being exposed to different cultures, habits and systems of value has allowed me to build my own standards (or principles). They are coherent with what I have integrated since my childhood (and I’m infinitely grateful to my family for that). They are also mutable, which means I will always stay open to new perspectives and new practices, and my “self” is not a fixed entity. Finally, they are rather universal, and not necessarily cultural. The more I live, the less I identify myself as “Vietnamese”. Not that I reject that part of my identity, on the contrary, I have grown to relativize my view on Vietnam and appreciate it more. I just don’t think that it’s always important to feel attached to a nation or ethnicity – such categories are only social construction; embedded with prejudices, they set boundaries to our self-definition. Of course the price to pay for inner independence is that we are on our own, deprived of the (illusory) sense of belonging, because we are not part of a collective anymore. But the journey to finding oneself is like travelling: the less luggages you carry, the less burdened you are, and the more room you will have for new experiences.